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Précocité des rapports sexuels chez les adolescentes à Butembo : des résultats alarmants issus d’une étude menée à l’Institut Kavaghendi

« Déterminants de la précocité des rapports sexuels chez les adolescentes de l’Institut Kavaghendi » est un travail de recherche réalisé par Dr Paluku Lwanzo Pablo dans le cadre de son mémoire de Master en Santé Publique pour le compte de l’Université Catholique du Graben (UCG), au sein du consortium universitaire de troisième cycle UOB–UNIGOM–UCG.

Cette étude a été conduite sous la direction de la Professeure Kavira Malengera Céline et la co-direction du Professeur Kabesha Amani Théophile, au cours de l’année académique 2024-2025.

Une étude menée auprès de 380 adolescentes

L’étude, de type quantitatif, transversal et analytique, a porté sur 380 adolescentes âgées de 14 à 19 ans, scolarisées à l’Institut Kavaghendi. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire structuré et analysées par régression logistique afin d’identifier les facteurs associés à la sexualité précoce.

Des résultats chiffrés préoccupants

Les résultats montrent que 42 % des adolescentes enquêtées ont déclaré avoir déjà eu des rapports sexuels précoces, un taux jugé élevé pour une population scolaire.

L’analyse multivariée a mis en évidence plusieurs déterminants statistiquement significatifs :

  • Âge ≤ 17 ans : les adolescentes de 17 ans ou moins sont près de trois fois plus exposées à la précocité des rapports sexuels (OR ajusté ≈ 2,8) ;
  • Situation familiale instable : les adolescentes issues de familles où les parents sont séparés ou divorcés présentent un risque accru (ORa ≈ 1,8 à 2,4) ;
  • Vulnérabilité socio-économique : l’absence de biens matériels tels qu’une télévision ou une voiture double presque le risque de rapports sexuels précoces (ORa ≈ 1,8 à 1,9) ;
  • Faible niveau d’instruction des parents : associé à une augmentation significative du risque (ORa ≈ 1,5) ;
  • Exposition à la pornographie : facteur le plus fortement associé, multipliant par trois la probabilité de rapports sexuels précoces (ORa ≈ 3,0 à 3,1) ;
  • Influence des réseaux sociaux : augmentation notable du risque (ORa ≈ 1,8) ;
  • Pression des pairs : le fait d’avoir des amies ayant déjà eu des rapports sexuels multiplie le risque par plus de deux (ORa ≈ 2,3 à 2,6).

À l’inverse, l’étude montre que l’activité professionnelle des deux parents constitue un facteur protecteur, réduisant significativement la probabilité de rapports sexuels précoces chez les adolescentes (ORa ≈ 0,5 à 0,6).

Interventions proposées par les adolescentes

Interrogées sur les solutions possibles, les adolescentes ont majoritairement proposé :

  • l’éducation sexuelle au sein de la famille (solution citée par près de 80 %) ;
  • la mise en place d’espaces encadrés d’information et d’échanges sur la santé sexuelle et reproductive ;
  • le renforcement de l’éducation à la vie dans le milieu scolaire.

Conclusion

Cette étude met en évidence une prévalence élevée de la sexualité précoce chez les adolescentes scolarisées à Butembo et démontre que ce phénomène est influencé par une combinaison de facteurs âge-dépendants, familiaux, socio-économiques et médiatiques.

Les résultats soulignent l’urgence de stratégies de prévention précoces, multidimensionnelles et adaptées au contexte local, impliquant les familles, les écoles, les leaders communautaires et les décideurs publics. Par ce travail, l’Université Catholique du Graben renforce son rôle dans la production de données probantes au service de la santé sexuelle et reproductive des adolescents au Nord-Kivu.

 

Hervé Mukulu

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