
Dix ans après son rappel à Dieu, l’Université Catholique du Graben réaffirme l’héritage du Professeur Ordinaire Abbé Apollinaire Malumalu Muholongu
Le bâtisseur de l’espérance
Première partie
Dix ans après la disparition de l’Abbé Apollinaire Malumalu
Muholongu, l’Université Catholique du Graben revisite la mémoire,
la pensée et l’héritage d’un universitaire devenu serviteur de la
nation.
Entre mémoire nationale et mémoire universitaire
Le 30 juin est une date qui occupe une place singulière dans
l’histoire de la République Démocratique du Congo. Chaque année, la
nation célèbre son accession à l’indépendance, conquise en 1960
après plusieurs décennies de colonisation.
Les discours officiels, les cérémonies civiles et religieuses, les
manifestations culturelles et les réflexions citoyennes rappellent
les aspirations profondes qui avaient animé les pères de
l’indépendance : construire un État souverain, juste, prospère et
capable d’assurer la dignité de son peuple.
À Butembo, ce 30 juin 2026 revêt cependant une signification
supplémentaire.
À l’Université Catholique du Graben (UCG), cette journée nationale
est devenue également une journée de mémoire universitaire. Dix ans
exactement après le rappel à Dieu du Professeur Ordinaire Abbé
Apollinaire Malumalu Muholongu, ancien Recteur de l’UCG, ancien
Président de la Commission Électorale Indépendante puis de la
Commission Électorale Nationale Indépendante, la communauté
universitaire a choisi de suspendre le rythme habituel de ses
activités pour se tourner vers celui qui demeure l’une des figures
les plus marquantes de son histoire récente.
Il ne s’agit pas uniquement de commémorer un ancien dirigeant.
Il s’agit de mesurer la portée d’un héritage.
Car certaines personnalités dépassent leur époque. Elles continuent
d’influencer les institutions bien après leur disparition. Elles
façonnent durablement une culture organisationnelle, une manière de
penser, une conception du leadership et une vision du développement.
L’Abbé Apollinaire Malumalu appartient à cette catégorie d’hommes
dont l’œuvre continue de produire des effets plusieurs années après
leur départ.
La journée organisée par la Paroisse Universitaire Saint Cyrille
d’Alexandrie ne constitue donc pas simplement un hommage liturgique.
Elle représente un exercice de mémoire institutionnelle. Dans les
grandes universités du monde, préserver la mémoire des bâtisseurs
n’est jamais un simple devoir sentimental. C’est une manière de
transmettre aux nouvelles générations les valeurs qui ont permis à
l’institution de grandir.
L’Université Catholique du Graben s’inscrit résolument dans cette
tradition.
Le programme de cette journée traduit cette volonté. Une célébration
eucharistique à Tabora, un recueillement au mausolée où repose
l’illustre disparu, puis une cérémonie académique dans l’auditoire
qui porte désormais son nom.
La foi
Célébration eucharistique
La mémoire
Recueillement au mausolée
Le savoir
Cérémonie académique
Trois lieux, trois temps, trois dimensions complémentaires : la foi,
la mémoire et le savoir.
Une communauté réunie autour d’un héritage
Dès les premières heures de la matinée, enseignants, chercheurs,
étudiants, membres du personnel administratif et invités convergent
vers le lieu de la commémoration, au mont Tabora.
L’atmosphère est particulière.
Le silence observé par de nombreux participants contraste avec
l’effervescence habituelle des journées universitaires. Les
conversations sont sobres. Les regards se tournent régulièrement
vers ceux qui ont personnellement connu l’Abbé Malumalu. Plusieurs
anciens collaborateurs échangent discrètement leurs souvenirs,
tandis que les plus jeunes découvrent progressivement l’ampleur de
l’héritage laissé par celui dont ils connaissent souvent le nom sans
avoir eu l’occasion de mesurer toute la dimension historique.
Cette transmission entre générations constitue l’un des principaux
enjeux de la journée.
Une université ne se construit pas uniquement par des bâtiments ou
des programmes de formation. Elle se construit également par une
mémoire collective. Les grandes institutions académiques développent
une culture où chaque génération hérite non seulement
d’infrastructures, mais aussi d’une identité intellectuelle et
morale.
À l’UCG, cette identité s’est forgée grâce à plusieurs personnalités
visionnaires, parmi lesquelles Monseigneur Emmanuel Kataliko,
fondateur de l’institution, mais également l’Abbé Apollinaire
Malumalu, qui joua un rôle déterminant dans sa consolidation et son
rayonnement.
C’est cette continuité historique que les organisateurs souhaitent
rappeler.
Une célébration eucharistique sous le signe de la responsabilité
nationale
La célébration eucharistique constitue le premier temps fort de la
journée.
Dans son homélie, l’Abbé Luutu Vincent choisit de ne pas limiter son
intervention à la seule évocation du parcours du défunt.
Il replace d’abord la cérémonie dans son contexte national.
Le 30 juin, rappelle-t-il, est la fête de l’indépendance de la
République Démocratique du Congo. Depuis soixante-six ans, les
Congolais sont appelés à prendre eux-mêmes en main la destinée de
leur pays.
Mais cette souveraineté politique ne prend son véritable sens que si
elle s’accompagne d’une responsabilité collective.
Le célébrant évoque alors les défis auxquels le pays continue de
faire face : les tensions sécuritaires persistantes dans l’Est, les
fractures sociales, les difficultés de gouvernance, les attentes des
populations en matière de développement et la nécessité permanente
de renforcer la cohésion nationale.
Ainsi, la prière pour le repos de l’Abbé Malumalu devient également
une prière pour la paix en République Démocratique du Congo.
Le rapprochement est loin d’être fortuit.
Toute la vie publique de l’Abbé Malumalu fut consacrée à la recherche
de solutions permettant de renforcer les institutions démocratiques,
de promouvoir le dialogue et de favoriser la stabilité politique.
L’homélie rappelle ainsi que l’histoire personnelle de
l’universitaire s’inscrit profondément dans l’histoire contemporaine
du pays.
Comprendre un homme à travers l’histoire de son pays
Le prédicateur entreprend ensuite une relecture historique de la
République Démocratique du Congo.
Depuis l’indépendance, explique-t-il, le pays a connu des épisodes
successifs de fragmentation, de conflits, de centralisation
autoritaire puis de transition démocratique.
La sécession katangaise, le régime du parti unique, la dictature, les
difficultés de la démocratisation et les nombreuses crises
politiques constituent autant d’étapes qui permettent de comprendre
le contexte dans lequel l’Abbé Apollinaire Malumalu sera appelé à
exercer ses responsabilités.
Cette mise en perspective historique est essentielle.
Elle rappelle que les institutions ne naissent jamais dans le vide.
Elles sont le produit de contextes complexes, de compromis difficiles
et d’engagements individuels parfois exceptionnels.
Dans le cas de la République Démocratique du Congo, l’organisation
des premières élections pluralistes après plusieurs décennies de
crise représentait un défi colossal.
L’Abbé Malumalu allait devenir l’un des principaux artisans de cette
transformation.
Mais avant d’être un acteur politique, il était déjà un
universitaire.
Et c’est précisément cette formation intellectuelle qui allait
profondément marquer sa manière d’exercer les responsabilités
publiques.
L’universitaire avant le gestionnaire
Contrairement à une représentation parfois réductrice, l’Abbé
Malumalu n’est pas devenu intellectuel après son entrée dans les
institutions publiques.
Il était déjà un chercheur avant d’être un homme d’État.
Son parcours universitaire, poursuivi notamment en France, dans les
universités de Lyon et de Grenoble, lui permit de développer une
solide réflexion sur la philosophie politique, la gouvernance, la
légitimité des institutions et les mécanismes de construction
démocratique.
Ces années de recherche apparaissent aujourd’hui comme déterminantes.
Selon le témoignage livré durant l’homélie, c’est précisément durant
cette période française que naît progressivement sa vision des
élections démocratiques comme fondement indispensable de la
reconstruction politique congolaise.
L’idée mûrit lentement.
Elle ne résulte pas d’une opportunité politique.
Elle procède d’une réflexion universitaire approfondie.
Cette distinction est fondamentale.
Elle montre que, chez lui, la pratique politique découle d’abord
d’une pensée scientifique.
Son engagement public apparaît ainsi comme le prolongement naturel
de ses recherches académiques plutôt que comme une rupture avec
celles-ci.
Cette cohérence entre recherche et action explique probablement
pourquoi son parcours continue aujourd’hui d’intéresser aussi bien
les universitaires que les spécialistes de la gouvernance.
Une méthode forgée par la recherche
Les témoignages recueillis au cours de cette journée permettent
également de mieux comprendre ce qui distinguait son style de
leadership.
Tous évoquent une même caractéristique : une préparation
exceptionnelle.
L’Abbé Malumalu travaillait énormément.
Il consacrait un temps considérable à collecter les informations, à
comprendre les réalités locales, à identifier les compétences
disponibles et à anticiper les difficultés.
Il connaissait les provinces, les acteurs, les équilibres locaux, les
contraintes logistiques et les rapports de force.
Cette capacité d’analyse n’était pas seulement le fruit de son
expérience.
Elle résultait d’une véritable méthode scientifique.
›
Comparer
›
Vérifier
›
Recouper
›
Comprendre
›
Décider
Autrement dit, il appliquait aux affaires publiques une démarche
proche de celle utilisée dans la recherche universitaire.
À une époque où les sciences de la gouvernance insistent de plus en
plus sur les politiques publiques fondées sur les données probantes,
cette méthode apparaît remarquablement moderne.
Elle explique en partie pourquoi son action continue d’être étudiée
bien au-delà des frontières de la République Démocratique du Congo.
Cette exigence intellectuelle constituera également l’une des marques
profondes qu’il imprimera à l’Université Catholique du Graben,
convaincu que les établissements d’enseignement supérieur doivent
former non seulement des diplômés, mais surtout des femmes et des
hommes capables d’analyser les réalités complexes avec rigueur,
discernement et sens du bien commun.



