
Kahambu Matimbya décroche son doctorat en Sciences agronomiques avec la mention Grande Distinction
L’Université Catholique du Graben (UCG) compte désormais un nouveau Docteur en Sciences agronomiques. Kahambu Matimbya a soutenu, le samedi 19 septembre 2026, sa thèse de doctorat dans la Salle de la Paix du CEFADES, à Butembo, au terme d’une présentation consacrée à la durabilité de l’agriculture urbaine et périurbaine dans les villes de Butembo et de Beni.
Intitulée « Analyse de la durabilité de l’agriculture urbaine et périurbaine des villes de Butembo et de Beni, Nord-Kivu, République Démocratique du Congo », cette recherche a été réalisée sous la direction du Professeur Ordinaire PhD Ir. Paluku Mutiviti Gilbert, promoteur de la thèse.
La soutenance s’est déroulée en présence du jury, dans un format interuniversitaire associant notamment des enseignants de l’UCG et d’autres établissements universitaires congolais. Après l’exposé de la candidate, les membres du jury ont engagé un échange scientifique approfondi avec elle. Trois membres du jury ont participé en ligne, permettant notamment d’évaluer la maîtrise du sujet, la solidité de la démarche méthodologique, la portée des résultats ainsi que la capacité de la doctorante à défendre ses choix scientifiques.
À l’issue de ces échanges, Kahambu Matimbya a obtenu la mention Grande Distinction. Le Recteur de l’Université Catholique du Graben, l’Abbé Télésphore Malonga, l’a ensuite proclamée Docteur en Sciences agronomiques, option Phytotechnie.
Cette proclamation a été vécue dans une émotion particulière par son époux, le Professeur Ordinaire Sahani Walere, également membre de la Faculté des Sciences agronomiques de l’UCG, qui a partagé avec elle ce moment de consécration académique.
Une recherche au cœur des enjeux alimentaires et urbains
La thèse part d’une question devenue centrale pour les villes africaines : comment nourrir une population urbaine en croissance tout en préservant les terres agricoles, l’environnement et les moyens de subsistance des populations ?
La croissance urbaine exerce en effet une pression croissante sur les espaces agricoles. La recherche rappelle que l’expansion des villes contribue à la disparition progressive des terres cultivables et pose simultanément des défis liés à la sécurité alimentaire, à la préservation de l’environnement et à la lutte contre la pauvreté.
Dans ce contexte, l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) apparaît comme une activité stratégique, mais encore insuffisamment intégrée dans la planification urbaine. La thèse relève notamment la marginalisation de cette agriculture dans les politiques publiques, l’informalité de certaines pratiques, l’insécurité foncière, la pression exercée par la rente foncière et l’extension parfois anarchique des espaces bâtis.
L’étude s’est ainsi attachée à répondre à quatre grandes questions : comment l’AUP se caractérise-t-elle à Butembo et Beni ? Comment les populations perçoivent-elles ses différentes fonctions ? Quels facteurs fragilisent sa durabilité ? Et comment l’évolution de l’occupation du sol entre 1975 et 2021 a-t-elle affecté cette agriculture ?
Une investigation menée à Butembo, Beni et dans leurs périphéries
Le travail a porté sur les deux villes de Butembo et Beni ainsi que leurs périphéries dans un rayon de 10 kilomètres. À Butembo, huit axes périphériques correspondant notamment aux principales voies de desserte agricole ont été étudiés. À Beni, trois axes ont été retenus, certaines zones ayant été exclues en raison du contexte sécuritaire.
L’étude combine une approche socio-économique, agronomique et géospatiale. 1 515 personnes ont été intégrées à l’enquête, dont 800 à Butembo et 715 à Beni. La collecte des données s’est appuyée sur des enquêtes semi-structurées, complétées par l’observation et les entretiens.
La chercheuse a également mobilisé la télédétection, la cartographie et la vérité terrain pour analyser les changements spatiaux. Le traitement des données a notamment utilisé Google Earth, QGIS, ENVI, RStudio, le GPS et différents outils statistiques. La classification supervisée par la méthode du maximum de vraisemblance, la matrice de transition, les coefficients de validation, le test du khi-deux, le test de Wilcoxon, la régression logistique et la corrélation de Pearson ont contribué à l’analyse.
Pour l’analyse de l’occupation du sol, la doctorante a exploité différentes générations de données satellitaires, notamment les images MSS, TM, ETM et OLI, afin de reconstituer la dynamique spatiale sur près d’un demi-siècle.
Une agriculture diversifiée, dominée par le vivrier, l’élevage et le maraîchage
L’une des contributions importantes de la recherche réside dans la caractérisation des systèmes de production pratiqués dans les deux villes.
Les résultats montrent une diversité de systèmes, avec notamment le vivrier, le maraîchage et l’élevage, auxquels s’ajoutent d’autres formes de production telles que le jardinage, la sylviculture et l’agroforesterie. Cette diversité distingue les réalités de Butembo et de Beni de certaines autres villes africaines étudiées dans la littérature.
La recherche montre également que l’agriculture repose largement sur une main-d’œuvre familiale et sur l’utilisation d’outils aratoires rudimentaires. Les membres des ménages sont souvent pluriactifs et combinent les activités agricoles avec des activités para-agricoles ou extérieures à l’agriculture.
Dans le maraîchage, l’étude relève une utilisation importante de la fumure organique : celle-ci concerne notamment 81,2 % et 80,8 % des exploitations respectivement dans les milieux périurbain et urbain de Butembo, contre 72,3 % et 58,4 % à Beni.
Autre résultat significatif : la production maraîchère étudiée est essentiellement destinée au marché, confirmant le rôle économique de l’agriculture périurbaine dans l’approvisionnement des centres urbains.
Une agriculture multifonctionnelle encore insuffisamment reconnue
La thèse ne considère pas l’AUP uniquement sous l’angle de la production alimentaire. Elle analyse également ses fonctions économiques, sociales et environnementales.
Les populations enquêtées reconnaissent notamment la fonction d’approvisionnement alimentaire de l’agriculture urbaine et périurbaine. La recherche met cependant en évidence une reconnaissance moins immédiate de certaines fonctions environnementales et économiques.
L’instruction apparaît comme un facteur important dans la perception de ces fonctions. À Beni, par exemple, les résultats présentés montrent que la probabilité de reconnaître le rôle des agrosystèmes dans la séquestration du carbone augmente avec le niveau d’études, avec un odds ratio atteignant 4,75 chez les universitaires et 13,82 chez les personnes ayant un niveau post-universitaire, comparativement à la catégorie de référence.
La recherche rejoint ainsi certains travaux antérieurs, tout en apportant des données spécifiques aux réalités de Butembo et de Beni. Elle montre aussi que la perception de certaines fonctions de l’AUP est influencée par les caractéristiques sociodémographiques des populations.
Une viabilité économique réelle, mais encore fragile
L’étude s’est ensuite intéressée à la durabilité de l’AUP à travers plusieurs dimensions : viabilité économique, vivabilité, acceptabilité sociale, transmissibilité, sécurité foncière et institutionnalisation.
Une majorité des agriculteurs interrogés considèrent leur activité comme économiquement viable : 86,7 % à Butembo et 85,1 % à Beni répondent positivement à la question de la rentabilité de l’activité.
Mais cette perception positive doit être nuancée. Seuls 34 % des agriculteurs de Butembo et 57,9 % de ceux de Beni déclarent disposer de documents comptables permettant de suivre leurs activités. La thèse en conclut que la viabilité économique reste difficile à apprécier objectivement lorsque les exploitations ne disposent pas d’une véritable comptabilité.
La même fragilité apparaît dans l’organisation professionnelle. Seuls 24,6 % des agriculteurs à Butembo et 39,3 % à Beni déclarent être impliqués dans des organisations professionnelles.
En revanche, l’acceptabilité sociale de l’activité est particulièrement forte : 100 % des acteurs interrogés à Butembo comme à Beni se prononcent en faveur du maintien de l’agriculture.
Le foncier, une sécurité qui demeure précaire
La question foncière constitue l’un des points majeurs de la thèse.
Le fait qu’une partie importante des agriculteurs soient propriétaires des terres exploitées peut donner l’impression d’une relative sécurité. Mais cette sécurité demeure fragile face à l’urbanisation et à la transformation progressive des terres agricoles en espaces bâtis.
La recherche met notamment en évidence les projets futurs pouvant affecter les terrains agricoles et rappelle le phénomène de conversion progressive des espaces agricoles en espaces urbains observé dans plusieurs villes africaines.
Sur le plan institutionnel, la situation apparaît également contrastée. À Butembo, 72,9 % des décideurs interrogés déclarent connaître l’existence de lois régissant l’AUP, contre 53,6 % à Beni. Pourtant, la prise en compte effective de cette agriculture dans la planification urbaine demeure préoccupante.
46 années de transformation du paysage urbain
L’un des volets les plus originaux du travail repose sur l’analyse diachronique de l’occupation du sol entre 1975 et 2021, soit une période de 46 ans.
À Butembo, la superficie urbanisée dans la zone urbaine est passée de 5,70 km² en 1975 à 72 km² en 2021, avec un taux de croissance présenté dans la recherche à 5,51 %. Dans la zone périurbaine, elle est passée de 51,23 km² à 166,64 km², soit un taux de croissance de 2,56 %.
À Beni, la superficie urbanisée de la zone urbaine est passée de 2,98 km² en 1975 à 38,06 km² en 2021, avec un taux de croissance de 5,54 %. L’analyse de la zone périurbaine fait également ressortir une progression de l’occupation bâtie.
Après 46 années d’évolution, le paysage des deux villes est ainsi davantage dominé par les sols nus et les espaces bâtis, au détriment des végétations ligneuses, des végétations herbacées et des espaces cultivés. La recherche conclut que cette expansion urbaine exerce un impact négatif sur la durabilité de l’agriculture urbaine et périurbaine, en réduisant progressivement les espaces susceptibles d’accueillir les cultures.
Une recherche qui dialogue avec les travaux antérieurs
L’un des intérêts scientifiques de la thèse réside dans la confrontation systématique des résultats obtenus à Butembo et Beni avec ceux d’autres recherches menées en Afrique.
Les résultats concernant les zones de production présentent ainsi des similitudes avec des observations faites à Djougou au Bénin et à Meknès au Maroc. L’organisation de la main-d’œuvre rejoint également des résultats observés à Yaoundé, Tunis, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
D’autres résultats sont en revanche contraires à ceux de certaines études antérieures, notamment sur les modes d’accès aux terres agricoles. Cette confrontation permet à la thèse de ne pas simplement reproduire les connaissances existantes, mais de montrer les spécificités du contexte de Butembo et de Beni.
La même démarche est visible dans l’analyse de la relève agricole, de la sécurité foncière, de l’institutionnalisation de l’AUP et de l’impact de l’urbanisation.
Une originalité fondée sur le croisement de plusieurs dimensions
L’originalité de cette recherche tient principalement au croisement de plusieurs niveaux d’analyse.
Plutôt que d’étudier uniquement les pratiques agricoles, la thèse met en relation :
- les systèmes de production ;
- les perceptions des populations sur la multifonctionnalité de l’AUP ;
- les logiques des différents acteurs ;
- les facteurs économiques, sociaux, fonciers et institutionnels de la durabilité ;
- et la dynamique spatiale de l’urbanisation sur 46 ans.
Cette articulation permet de considérer l’agriculture urbaine et périurbaine comme un système territorial soumis simultanément à des contraintes agricoles, économiques, sociales, environnementales et urbaines. Les principales articulations de la recherche portent précisément sur la caractérisation, la perception, les logiques d’acteurs et la dynamique de croissance urbaine et périurbaine.
Des résultats directement utiles à la société
Au-delà de sa contribution scientifique, la thèse formule des pistes d’action concrètes.
Aux autorités municipales, elle recommande notamment d’intégrer durablement l’AUP dans les futurs plans directeurs d’aménagement et de développement, avec une meilleure sécurisation foncière des espaces agricoles et des mesures de protection contre le vol des produits agricoles et la divagation du bétail.
Aux urbanistes et aménagistes, elle propose notamment de réfléchir à des formes de ville permettant de limiter la pression sur les terres agricoles, notamment à travers la verticalisation.
Aux agriculteurs, elle recommande de maintenir la vocation agricole des parcelles lorsque cela est possible et d’explorer, lorsque les conditions s’y prêtent, des solutions telles que la culture sur les toitures-terrasses et les balcons. Elle propose également de valoriser le réseau hydrographique des deux villes pour développer la culture de contre-saison, tout en conditionnant cette pratique à un contrôle préalable de la qualité des eaux d’irrigation.
La chercheuse invite par ailleurs les agronomes, environnementalistes et ONG à renforcer la sensibilisation et la formation interdisciplinaire des acteurs afin de mieux faire connaître les différentes fonctions de l’AUP.
Enfin, elle appelle à poursuivre les recherches sur la qualité sanitaire des produits, notamment par l’analyse des eaux d’irrigation et des fumures organiques issues des déchets, ainsi que sur les possibilités de développer des systèmes de culture hors-sol, notamment l’hydroponie et l’aquaponie, comme stratégies d’adaptation à l’urbanisation croissante.
Une nouvelle contribution scientifique pour l’UCG
Avec cette soutenance, l’Université Catholique du Graben confirme une nouvelle fois le rôle de sa Faculté des Sciences agronomiques dans la production de connaissances appliquées aux réalités du Nord-Kivu.
En s’intéressant à deux villes majeures de la province, la recherche de Kahambu Matimbya apporte des éléments scientifiques utiles à la réflexion sur l’aménagement urbain, la sécurité alimentaire, la protection des espaces agricoles et la résilience des systèmes alimentaires locaux.
La nouvelle Docteure en Sciences agronomiques, option Phytotechnie, désormais promue avec la mention Grande Distinction, ouvre ainsi une nouvelle étape dans son parcours académique et scientifique.
Cette réussite a été célébrée avec une émotion particulière par son époux, le Professeur Ordinaire Sahani Walere, ainsi que par les enseignants, chercheurs, étudiants et proches réunis autour de cette cérémonie qui marque l’aboutissement d’un important parcours de recherche.
L’Université Catholique du Graben adresse ses chaleureuses félicitations à la Docteure Kahambu Matimbya pour cette brillante consécration scientifique.


