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Peut-on produire des bananes tout en protégeant durablement les sols tropicaux ?

Une étude scientifique récente, publiée en février 2026 dans une revue internationale de référence, apporte des éléments de réponse solides à cette question centrale pour l’agriculture africaine.

« Dynamics of soil physico-chemical properties and nematode community structure in a Grevillea robusta–banana farming system » est cet article paru le 06 février 2026 avec pour auteur principal Kambale Muyisa Musongora  enseignant en faculté de sciences Agronomiques de l’Université Catholique du Graben et doctorant à Universty Of Nairobi.

Les chercheurs se sont intéressés à un système agroforestier associant la banane et l’arbre Grevillea robusta, largement utilisé comme arbre d’ombrage et de service en Afrique de l’Est. Leur ambition : comprendre comment cette association influence la fertilité des sols et la biodiversité souterraine, deux piliers souvent négligés de la durabilité agricole.

 

Une approche scientifique originale et complète

La nouveauté majeure de cette recherche réside dans sa méthode d’analyse intégrée.
Plutôt que d’évaluer uniquement les rendements ou les nutriments du sol, les auteurs ont combiné :

  • l’analyse physico-chimique des sols (pH, phosphore, potassium, calcium, magnésium, densité du sol)
  • l’étude biologique des communautés de nématodes, de minuscules organismes vivants dans le sol, reconnus comme d’excellents indicateurs de la santé des agro-écosystèmes

L’étude a été menée dans plusieurs zones agricoles, en comparant trois systèmes :

  1. la banane en monoculture,
  2. Grevillea robusta en plantation seule,
  3. l’association agroforestière Grevillea–banane.

Autre élément innovant : les chercheurs ont intégré la dimension saisonnière, en analysant les sols pendant la saison sèche et la saison des pluies, afin de mieux refléter les réalités agricoles tropicales.

 

Des résultats qui interrogent la monoculture

Les résultats sont sans équivoque.

  • Les bananeraies en monoculture présentent souvent des sols riches en certains nutriments, mais aussi une forte concentration de nématodes phytoparasites, responsables de maladies et de pertes de rendement.
  • À l’inverse, les systèmes agroforestiers et les plantations de Grevillea robusta montrent des communautés de nématodes plus diversifiées et mieux équilibrées, signe d’un sol biologiquement plus sain et plus résilient.

L’étude révèle également que la saison des pluies amplifie fortement l’activité biologique du sol, soulignant l’importance du climat dans la dynamique des écosystèmes agricoles tropicaux.

 

Pourquoi cette étude est importante pour l’Afrique centrale

Au-delà du Kenya, où la recherche a été conduite, ces résultats résonnent fortement avec les réalités agricoles du Bassin du Congo et de l’Est de la RDC.

Ils montrent que :

  • la diversification des systèmes de culture, notamment par l’intégration d’arbres, peut réduire la pression des ravageurs du sol ;
  • la santé des sols ne se mesure pas uniquement en kilos d’engrais, mais aussi en équilibre biologique ;
  • les nématodes peuvent devenir des outils scientifiques puissants pour évaluer la durabilité des pratiques agricoles.

Un intérêt stratégique pour l’UCG-Graben

Pour l’Université Catholique du Graben, cette publication constitue :

  • une référence scientifique pour les recherches en agronomie, environnement et développement rural ;
  • un appui solide à la promotion de l’agroforesterie comme alternative durable à la monoculture ;
  • une base méthodologique transférable aux travaux doctoraux et projets de terrain menés dans la région du Graben et au-delà.

 

En conclusion

Cette étude rappelle une évidence souvent oubliée : un sol vivant est la clé d’une agriculture durable.
En associant arbres et cultures vivrières, l’agroforesterie ne protège pas seulement les paysages, elle agit aussi en profondeur, là où tout commence : sous nos pieds.

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