
Butembo face aux défis économiques : cinq recherches de DEA pour penser la résilience locale
Ce jeudi 12 février 2026, l’Université Catholique du Graben (UCG), à travers sa Faculté des Sciences Économiques et de Gestion, a organisé une session de soutenances publiques de mémoires de Diplôme d’Études Approfondies (DEA).
L’événement, tenu pour la première fois dans le nouvel Amphithéâtre Mgr Sikuli Paluku Melchisédech récemment inauguré au site Horizon, a réuni enseignants-chercheurs, étudiants et acteurs socio-économiques autour de cinq travaux scientifiques consacrés aux dynamiques économiques locales en contexte fragile.
Au cœur des recherches présentées : développement local, finance rurale, gouvernance communautaire, gestion des risques et résilience économique à Butembo et dans la région Beni-Lubero.

Entreprises familiales : moteur fragile du développement local
Dans son travail « Entreprises familiales et développement économique local de Butembo. », MASIKA MAWINGU Ghislaine analyse le rôle des entreprises familiales dans le développement économique de Butembo.
À partir d’une étude empirique menée auprès de 70 entreprises moyennes enregistrées au CDI/Butembo, elle démontre que ces structures dominent le tissu économique local, intervenant dans le commerce, les services, l’agro-transformation et le transport.
Constats majeurs :
- Contribution significative à l’emploi et à la stabilisation des revenus ;
- Rôle substitutif face à la faiblesse des politiques publiques ;
- Forte cohésion sociale autour de la solidarité familiale.
Cependant, leur impact demeure orienté vers la subsistance. Gestion informelle, dépendance au fondateur, conflits successoraux et accès limité au financement fragilisent leur pérennité.
L’apport scientifique du travail réside dans une articulation originale entre théories des entreprises familiales et développement économique local, intégrant une lecture anthropologique des dynamiques entrepreneuriales en contexte d’insécurité.

Auto-organisation communautaire : un développement « bottom-up »
KAMBALE KAVUGHE Wasingya s’est penché sur l’auto-organisation économique comme moteur de développement à Butembo dans son mémoire titré : « Auto-organisation économique et développement de la ville de Butembo : défis au Nord-Kivu »
À partir d’un échantillon de 270 enquêtés, son étude montre que coopératives, tontines, mutuelles de santé et initiatives communautaires constituent de véritables alternatives fonctionnelles à l’absence de l’État.
Ces structures :
- Créent de l’emploi,
- Facilitent l’accès aux services sociaux,
- Renforcent la résilience face aux crises.
L’originalité du travail tient dans sa relecture de l’économie informelle, présentée non comme un désordre économique, mais comme un système structuré d’innovation sociale et de gouvernance alternative.

Crédit agricole et performance des coopératives caféières
De son coté, KAVUGHO MALIYABWANA Flora dans son mémoire « «L’Analyse de la performance financière et gestion des risques de crédits agricoles dans les coopératives caféières en région de Beni-Lubero » étudie la relation entre crédit agricole, gestion des risques et performance financière des coopératives caféières de Beni-Lubero.
À travers une modélisation économétrique basée sur les états financiers 2022–2024 de quatre coopératives, la recherche démontre que le crédit agricole améliore significativement rentabilité, liquidité et solvabilité — à condition que des mécanismes formalisés de gestion des risques soient en place.
L’étude enrichit la littérature sur la finance rurale en Afrique centrale en intégrant explicitement les variables institutionnelles et sécuritaires dans l’analyse.
Gouvernance financière des MUSO : entre solidité formelle et risque de défaut
MUMBERE VWEYA Marino a analysé la gouvernance financière des Mutuelles de Solidarité (MUSO) à Butembo.
L’enquête menée auprès de 67 membres révèle que les règles formelles (traçabilité, transparence, séparation des fonctions) sont globalement respectées.
Cependant, le faible taux de remboursement des crédits constitue un risque critique pour la viabilité de ces structures.
L’apport scientifique réside dans la construction d’une grille d’analyse opérationnelle de la gouvernance financière adaptée aux institutions solidaires en contexte post-conflit.

Exportateurs de cacao : gérer le risque dans l’instabilité
Enfin, KAMBERE NGULIKO Jean-Louis a étudié la gestion des risques de taux de change et de prix par les entreprises exportatrices de cacao à Butembo-Beni.
À partir de données sur le taux USD/CDF, les prix internationaux du cacao et des enquêtes auprès de 14 entreprises, il démontre une forte vulnérabilité aux chocs monétaires et à la volatilité des marchés.
Bien que certaines stratégies de couverture existent (choix de la monnaie, indexation contractuelle), l’usage d’instruments financiers sophistiqués demeure limité.
Ce travail établit un pont empirique entre modèles théoriques de gestion des risques et pratiques réelles dans un environnement économique fragile.
Une recherche ancrée dans le territoire
Ces cinq travaux convergent vers une même problématique :
Comment assurer un développement économique durable dans un contexte marqué par l’insécurité, l’informalité et la fragilité institutionnelle ?
Au-delà des thématiques spécifiques, les recherches présentées à l’UCG mettent en lumière :
- La centralité des initiatives locales,
- Le rôle structurant des organisations communautaires,
- L’importance d’une gouvernance financière formalisée,
- La nécessité d’outils modernes de gestion des risques.
Cette session s’inscrit dans une première série de soutenances de DEA et de spécialisation à l’UCG, programmée sur plusieurs jours.
À travers ces travaux, l’Université Catholique du Graben confirme son positionnement comme laboratoire d’analyse des dynamiques économiques régionales, contribuant à la production d’un savoir scientifique ancré dans les réalités du Nord-Kivu.
Après délibération, Après délibération, le jury déclare que tous les travaux sont reçus et voici les résultats pour le mémoire :
- Masika Mawingu Ghislaine : 78,42 %
- Kambale Kavughe Wasingya : 79 %
- Kavugho Maliyabwana Flora : 83,23 %
- Mumbere Vweya Marino : 76 %
- Kambere Nguliko Jean Louis : 78,25 %
Rédigé par Hervé Mukulu



