
UCG : L’Assistant Justin Watumwa Émile défend avec succès un mémoire de DEA sur les résidus de pesticides dans les tomates vendues à Butembo
Soutenance publique du mémoire de DEA de l’Assistant Justin Watumwa Émile
Une recherche consacrée à la détection des résidus de pesticides dans les tomates fraîches vendues dans les marchés de Butembo
L’Université Catholique du Graben (UCG), à travers son École Doctorale et sa Faculté des Sciences Agronomiques, a organisé la soutenance publique du mémoire de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) de l’Assistant Justin Watumwa Émile, portant sur un sujet au cœur des préoccupations de santé publique, de sécurité alimentaire et de protection de l’environnement : « Détection des résidus de pesticides dans les tomates fraîches vendues dans les marchés de Butembo ».
Cette soutenance, tenue dans l’Amphithéâtre MALU I de l’UCG, s’inscrivait dans le cadre des travaux de recherche du Département de Chimie et Transformation Agroalimentaire de la Faculté des Sciences Agronomiques.
Une recherche motivée par un enjeu majeur de santé publique
La tomate constitue l’un des légumes les plus consommés à Butembo et dans l’ensemble de la région du Nord-Kivu. Toutefois, sa culture est régulièrement confrontée à de nombreuses maladies et attaques de ravageurs qui poussent les producteurs à recourir massivement aux pesticides.
Partant du constat d’une utilisation souvent peu encadrée des produits phytosanitaires dans plusieurs zones maraîchères de Butembo, l’impétrant s’est interrogé sur la qualité sanitaire des tomates commercialisées localement. Son étude visait à répondre à deux préoccupations essentielles : déterminer la présence et le niveau de concentration des résidus de pesticides dans les tomates vendues sur les marchés de la ville et vérifier si ces concentrations respectent les limites maximales de résidus fixées par les normes internationales.
Selon l’auteur, l’absence de données scientifiques locales sur cette problématique rend difficile l’évaluation des risques réels encourus par les consommateurs. Cette recherche vient ainsi combler une importante lacune scientifique pour la région de Butembo et du Nord-Kivu.
Une méthodologie alliant enquête de terrain et analyses de laboratoire
Pour mener cette étude, Justin Watumwa Émile a adopté une approche à la fois descriptive et analytique.
Entre janvier et avril 2026, une enquête a été réalisée auprès de 50 producteurs de tomates de la région de Butembo afin d’évaluer leurs pratiques phytosanitaires : fréquence d’utilisation des pesticides, respect du délai avant récolte, modalités de stockage des produits, gestion des emballages vides et utilisation des équipements de protection individuelle.
Parallèlement, douze échantillons de tomates fraîches commercialisées dans différents marchés de la ville ont été prélevés puis envoyés au Government Analytical Laboratory de Kampala, en Ouganda, pour des analyses spécialisées. Les échantillons ont été examinés à l’aide de techniques chromatographiques de haute précision, notamment la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) et la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS).
Cette démarche scientifique a permis de relier les pratiques observées sur le terrain aux niveaux réels de contamination détectés dans les tomates.
Des pratiques phytosanitaires préoccupantes
Les résultats de l’enquête ont mis en évidence plusieurs comportements susceptibles d’augmenter les risques de contamination des aliments.
L’étude révèle notamment que :
- environ 80 % des producteurs ignorent le délai à respecter entre l’application des pesticides et la récolte ;
- 94 % déclarent ne pas respecter ce délai ;
- pendant la période de récolte, les traitements phytosanitaires se poursuivent à raison d’une à deux applications par semaine ;
- 58 % des producteurs choisissent leurs pesticides sur recommandation d’autres agriculteurs plutôt que sur avis technique ;
- 88 % stockent les pesticides dans leurs habitations ;
- 70 % abandonnent les emballages vides dans la nature ;
- seuls 30 % utilisent systématiquement des équipements de protection individuelle.
Ces résultats traduisent un déficit important en matière de formation et d’encadrement technique des producteurs maraîchers.
Une contamination réelle des tomates commercialisées à Butembo
Les analyses de laboratoire ont confirmé la présence de plusieurs résidus de pesticides dans les tomates étudiées.
Le mancozèbe, un fongicide largement utilisé dans les cultures maraîchères, a été détecté dans l’ensemble des douze échantillons analysés, avec des concentrations variant entre 2,79 et 5,48 mg/kg.
Les chercheurs ont également identifié :
- des résidus de cyperméthrines à des concentrations comprises entre 0,0078 et 0,6295 mg/kg ;
- de l’avermectine B1a entre 0,06 et 0,08 mg/kg ;
- du profénofos à des niveaux allant jusqu’à 12,32 mg/kg.
En revanche, le métalaxyl, l’acétamipride et le diméthoate n’ont pas été détectés dans les échantillons analysés.
Les résultats démontrent ainsi que les tomates commercialisées à Butembo présentent une contamination multi-résidus, conséquence probable du non-respect des bonnes pratiques agricoles et de l’usage fréquent des pesticides jusqu’à la maturité des fruits.
Un apport scientifique majeur pour la région
Au-delà des résultats analytiques, cette recherche constitue l’une des premières études approfondies consacrées à la détection des résidus de pesticides dans les tomates commercialisées à Butembo.
Elle apporte des données scientifiques inédites sur :
- les pratiques phytosanitaires des producteurs locaux ;
- les niveaux réels de contamination des tomates ;
- les risques potentiels pour les consommateurs ;
- les besoins en matière de surveillance sanitaire des denrées alimentaires.
Le travail de l’Assistant Justin Watumwa Émile contribue ainsi à enrichir les connaissances scientifiques disponibles sur la sécurité alimentaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo et offre une base de référence pour de futures recherches dans le domaine de l’agriculture, de la santé publique et de la toxicologie alimentaire.
Un impact direct pour la communauté
Les conclusions de l’étude interpellent à la fois les producteurs, les consommateurs et les autorités publiques.
L’auteur recommande notamment le renforcement de la formation des maraîchers sur l’usage responsable des pesticides, l’amélioration du contrôle des produits phytosanitaires disponibles sur le marché ainsi que la mise en place d’un système régulier de surveillance des résidus de pesticides dans les aliments destinés à la consommation humaine.
Pour la population de Butembo, cette recherche constitue un signal d’alerte mais aussi un outil d’aide à la décision pour promouvoir une agriculture plus sûre, une alimentation plus saine et une meilleure protection de l’environnement.
Un jury de haut niveau académique
La soutenance s’est déroulée devant un jury composé d’éminents professeurs issus de plusieurs universités du pays :
- Professeur Ordinaire Dr Ildefonse Soly Kamwira (UCG), Président du jury ;
- Professeur Ordinaire Dr Ir Charles Kambale Valimunzigha (UCG), Promoteur ;
- Professeur Ordinaire Dr Ir Symphorien Kambale Kathavo (UCG), Secrétaire ;
- Professeur Ordinaire Dr Ir Patrick Mvanga Bondo (UNIKIN), Membre ;
- Professeur Ordinaire Dr Ir Jean-Noël Mputu Kayinda (UNIKIN), Membre ;
- Professeur Dr Ir Roland Foma Kibwega (UNILU), Membre ;
- Professeur Ordinaire Dr Angélus Mafikiri Tsongo (UCG), Membre.
La qualité scientifique de ce jury témoigne de l’importance accordée à cette recherche qui s’inscrit pleinement dans la mission de l’Université Catholique du Graben de produire des connaissances utiles au développement de la société.



