
UCG : Mwenge Syasimwa Lisette analyse les effets économiques et environnementaux de la gestion des déchets plastiques à Butembo
Dans son mémoire de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en Sciences économiques et de gestion. , Mwenge Syasimwa Lisette s’est intéressée aux pratiques de gestion des déchets plastiques dans la ville de Butembo, à leurs conséquences environnementales et sanitaires ainsi qu’aux possibilités de leur valorisation économique.
Un problème urbain devenu préoccupant
Intitulée « Pratique de gestion des déchets plastiques en ville de Butembo : analyse des effets économiques et environnementaux », cette recherche part du constat d’une augmentation considérable de la population de Butembo au cours des quinze dernières années.
Selon les données présentées par la chercheuse, la population de la ville serait passée de 627 610 habitants en 2010 à plus de 1,3 million en 2025. Cette croissance démographique s’accompagne d’une augmentation de la consommation et, par conséquent, d’une production accrue de déchets, particulièrement ceux constitués de matières plastiques.
Dans plusieurs quartiers, marchés et artères de Butembo, ces déchets sont abandonnés dans la nature, brûlés à ciel ouvert ou déversés dans des dépotoirs non contrôlés. Pendant les fortes pluies, ils sont entraînés vers les caniveaux et les zones de ruissellement, où ils obstruent les ouvrages de drainage. Cette situation favorise les inondations, la stagnation des eaux et la dégradation progressive du cadre de vie.
La mauvaise gestion des déchets plastiques ne constitue donc pas seulement un problème d’assainissement. Elle représente également un défi environnemental, sanitaire, économique et institutionnel pour une ville en pleine expansion.
Évaluer les pratiques actuelles et les possibilités de valorisation
À travers cette étude, Mwenge Syasimwa Lisette a cherché à déterminer dans quelle mesure les pratiques actuelles de gestion des déchets plastiques permettent de réduire les conséquences environnementales et sanitaires négatives, tout en exploitant les possibilités de valorisation de ces déchets comme levier d’une économie circulaire adaptée à la ville de Butembo.
La recherche s’est articulée autour de trois préoccupations principales : l’identification des pratiques actuelles de gestion des déchets plastiques, l’analyse de leurs conséquences environnementales et sanitaires, ainsi que la détermination des stratégies susceptibles de favoriser leur valorisation.
La chercheuse est partie de l’hypothèse selon laquelle la gestion des déchets plastiques à Butembo demeure incomplète et insuffisamment coordonnée. Elle a également estimé que les pratiques actuelles contribuent fortement à la dégradation de l’environnement et à l’exposition de la population à différents risques sanitaires. Enfin, elle a supposé que les activités de valorisation pourraient devenir plus efficaces grâce à l’instauration du tri obligatoire et à la disponibilité d’infrastructures appropriées de collecte et de stockage.
Une enquête auprès de 106 acteurs
Pour vérifier ces hypothèses, l’auteure a mené une enquête auprès de 106 personnes représentant différentes catégories directement concernées par la gestion des déchets.
L’échantillon comprenait 62 ménages, 22 commerçants, sept collecteurs informels, quatre agents des services communaux d’assainissement et onze représentants d’associations. Les informations ont été recueillies au moyen de questionnaires, d’entretiens, d’observations directes et d’une recherche documentaire.
Les données obtenues ont ensuite été soumises à des analyses statistiques descriptives, à des tests d’association ainsi qu’à une analyse qualitative. Cette approche a permis de confronter les perceptions des habitants aux pratiques observées sur le terrain.
Une gestion encore faible et dominée par l’informel
Les résultats de l’étude révèlent d’importantes faiblesses dans le système actuel de gestion des déchets plastiques à Butembo.
D’après les données présentées, 53,77 % des personnes interrogées déclarent trier rarement ou ne jamais trier leurs déchets. Ce résultat montre que le tri à la source n’est pas encore intégré dans les habitudes de la majorité des ménages et des autres producteurs de déchets.
La collecte publique apparaît également très insuffisante. En effet, 74,53 % des répondants affirment que les camions municipaux de collecte ne passent jamais dans leur milieu de résidence ou d’activité. En l’absence d’un service régulier, une partie de la population recourt au brûlage, à l’enfouissement ou à l’abandon des déchets dans les caniveaux et les dépotoirs sauvages.
Par ailleurs, 83,96 % des personnes interrogées disent observer, parfois ou souvent, l’obstruction des caniveaux par des déchets plastiques. Cette situation contribue aux inondations et à la stagnation des eaux dans plusieurs zones de la ville.
Le brûlage des plastiques à ciel ouvert est également largement répandu. Il concerne, selon l’étude, 95,28 % des répondants. Cette pratique libère dans l’air des fumées potentiellement dangereuses pour la santé humaine et dégrade davantage la qualité de l’environnement urbain.
Ces résultats confirment que la gestion des déchets plastiques à Butembo demeure peu coordonnée, essentiellement informelle et insuffisamment efficace.
Des conséquences importantes sur la santé
L’étude met également en évidence la perception, par la population, des risques sanitaires liés à la mauvaise gestion des déchets plastiques.
Ainsi, 85,7 % des répondants établissent un lien entre l’accumulation des déchets plastiques et l’apparition ou la propagation de maladies telles que les diarrhées et le paludisme. L’obstruction des caniveaux favorise notamment la stagnation des eaux, créant des milieux propices à la prolifération des moustiques et d’autres agents vecteurs de maladies.
En outre, 37,74 % des ménages interrogés affirment avoir déjà souffert de problèmes de santé qu’ils associent à la présence ou à la mauvaise gestion des déchets plastiques.
Pour la chercheuse, ces résultats montrent que les déchets plastiques représentent un problème de santé publique qui nécessite une intervention coordonnée des autorités urbaines, des services d’assainissement, des structures sanitaires, des organisations environnementales et de la population.
Transformer les déchets en opportunités économiques
Malgré la gravité de la situation, le travail de Mwenge Syasimwa Lisette met en évidence une possibilité de transformation des déchets plastiques en ressources économiques.
À Butembo, les activités de récupération et de recyclage restent encore peu structurées. Elles sont principalement exercées par des collecteurs informels, tandis que la majorité des ménages ne tire aucun revenu significatif de la valorisation des déchets.
Cependant, plus de 80 % des personnes interrogées considèrent que le recyclage des matières plastiques pourrait créer davantage d’emplois dans la ville. La mise en place d’une filière organisée pourrait ainsi favoriser l’émergence de petites entreprises spécialisées dans la collecte, le tri, le transport, le nettoyage, la transformation et la commercialisation des matières récupérées.
La valorisation des déchets plastiques pourrait notamment contribuer à la fabrication de pavés, de briques, d’objets utilitaires ou d’autres matériaux recyclés. Une telle dynamique permettrait de réduire la quantité de déchets abandonnés dans l’environnement tout en générant des revenus pour les jeunes, les ménages et les organisations locales.
L’étude plaide ainsi pour le passage d’une logique dans laquelle le déchet est uniquement subi à une approche où il est considéré comme une ressource susceptible d’être valorisée.
Un cadre institutionnel encore insuffisant
La recherche relève également un décalage important entre les dispositions réglementaires et leur application sur le terrain.
Selon les résultats, 96,23 % des répondants ne connaissent pas la politique d’interdiction des plastiques à usage unique ou estiment qu’elle n’est pas effectivement appliquée. Cette situation témoigne d’une insuffisance dans la sensibilisation, le contrôle et l’application des mesures réglementaires.
L’analyse économétrique réalisée par la chercheuse montre, par ailleurs, que l’amélioration de la gestion des déchets plastiques est fortement liée au tri et à la participation aux activités de collecte. La présence de dépotoirs sauvages exerce, en revanche, une influence négative sur les bonnes pratiques de gestion.
Ces résultats démontrent que l’organisation du tri à la source, l’accès à des points de collecte officiels et la suppression progressive des dépotoirs sauvages constituent des conditions essentielles pour améliorer l’assainissement de Butembo.
Pour une politique locale fondée sur l’économie circulaire
Au terme de son étude, Mwenge Syasimwa Lisette recommande le renforcement de la collecte municipale et l’organisation du tri des déchets dès leur lieu de production. Elle propose également la création de points de collecte accessibles dans les quartiers, les marchés, les écoles et les espaces publics.
La chercheuse préconise la promotion de filières formelles de recyclage, la formation des acteurs locaux ainsi que l’instauration de mesures incitatives en faveur des initiatives de valorisation des plastiques.
Elle appelle aussi à une meilleure collaboration entre la mairie, les communes, les services d’assainissement, les entreprises, les associations, les établissements d’enseignement et la population. Cette collaboration devrait être accompagnée d’actions continues d’éducation environnementale et d’une application effective de la réglementation sur les plastiques à usage unique.
En soutenant ce mémoire de DEA, Mwenge Syasimwa Lisette apporte ainsi une contribution scientifique à la compréhension de l’un des défis urbains les plus visibles à Butembo. Son travail montre que la lutte contre la pollution plastique peut simultanément améliorer l’environnement, protéger la santé publique et favoriser la création d’activités économiques.
La recherche invite finalement les acteurs urbains à considérer les déchets plastiques non plus uniquement comme une nuisance, mais également comme une matière première pouvant soutenir l’emploi, l’innovation et le développement d’une économie circulaire locale.



