
UCG : le Chef de Travaux Kamate Mulume François élevé au grade de docteur avec la mention « Grande Distinction »
Sa thèse met en évidence les interactions entre la démographie, l’économie et l’environnement dans le processus de développement durable de la ville de Butembo
L’Université Catholique du Graben vient d’enrichir son corps scientifique d’un nouveau docteur en Sciences économiques. Le samedi 18 juillet 2026, dans l’amphithéâtre Malu II, au site Horizon, le Chef de Travaux Kamate Mulume François a soutenu publiquement sa thèse de doctorat intitulée : « Interaction des phénomènes économiques, démographiques et environnementaux pour un développement durable ».
À l’issue de la présentation de ses travaux, des échanges scientifiques avec les membres du jury et de la délibération, le récipiendaire a été proclamé docteur en Sciences économiques avec la mention « Grande Distinction ».
Cette recherche de longue haleine analyse les relations complexes qui unissent l’évolution de la population, les activités économiques, les transformations environnementales et les perspectives de développement durable, avec une attention particulière portée à la ville de Butembo.
À travers une importante quantité de données recueillies auprès des ménages et des services publics, le nouveau docteur montre que les phénomènes économiques, démographiques et environnementaux ne peuvent être étudiés séparément. Ils forment un système d’interdépendances dans lequel toute modification d’une composante produit des effets sur les autres.
Une soutenance consacrée aux grands défis de Butembo
Devant la communauté universitaire, les chercheurs, les étudiants, les membres de sa famille et les autres invités, le Chef de Travaux Kamate Mulume François a présenté une recherche située au croisement de l’économie, de la démographie et des sciences de l’environnement.
Le jury chargé d’évaluer cette thèse était composé du Professeur Ordinaire Dr Bertrand Vahavi Mulume, de l’Université Catholique du Graben, président ; du Professeur Dr Nosta Mukirania Kahambu, de l’Université Catholique du Graben, secrétaire ; du Professeur Ordinaire Dr Angélus Mafikiri Tsongo, de l’Université Catholique du Graben, promoteur ; du Professeur Ordinaire Dr Jean-Baptiste Paluku Ndavaro, de l’Université Officielle de Ruwenzori, membre ; du Professeur Ordinaire Dr Omer Kambale Mirembe, de l’Université Catholique du Graben, membre ; du Professeur Dr Anselme Paluku Kitakya, de l’Université de Goma, membre ; et du Professeur Dr Jean-Bosco Kakule Matumo, de l’Université Catholique du Graben, membre.
Par cette composition, la soutenance a réuni des spécialistes provenant de plusieurs établissements universitaires, assurant une évaluation scientifique diversifiée de la recherche.
Au-delà de son caractère académique, la thèse aborde des réalités vécues quotidiennement à Butembo : l’accroissement de la population, l’extension de la ville, le chômage, le niveau des revenus, les habitudes de consommation, la capacité d’épargne, la création d’entreprises, la pression sur les ressources naturelles, les déchets, les érosions, la variation des températures et de la pluviométrie.
Comprendre les relations entre population, économie et environnement
La question centrale de la recherche était de savoir comment les phénomènes démographiques, économiques et environnementaux interagissent et influencent le développement durable de Butembo.
Le chercheur s’est notamment interrogé sur l’ampleur des effets des changements démographiques sur la croissance économique, la consommation, les revenus, l’épargne, le marché du travail, l’environnement et le développement. Il a également examiné les effets que les transformations économiques et environnementales exercent, en retour, sur la population.
Cette démarche part du constat que le développement ne se limite pas à l’augmentation des richesses. Il implique aussi l’amélioration durable des conditions de vie, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, du logement, de l’emploi, de l’alimentation, de l’accès à l’eau, à l’énergie et aux infrastructures.
Pour le chercheur, la population ne doit donc pas être uniquement perçue comme un nombre de personnes à nourrir ou à encadrer. Elle constitue également un capital humain, une force de travail, un marché de consommation et un potentiel d’innovation. Toutefois, lorsque la croissance démographique n’est pas accompagnée d’investissements suffisants, elle peut accentuer le chômage, la pression foncière, l’insuffisance des infrastructures et la dégradation de l’environnement.
Une recherche fondée sur les réalités de 400 ménages
Pour répondre à ses interrogations, le Chef de Travaux Kamate Mulume François a combiné plusieurs approches. Il a recouru aux méthodes hypothético-inductive et hypothético-déductive, complétées par les approches analytique, sociohistorique, sociodémographique et systémique.
L’analyse statistique et économétrique a occupé une place centrale dans le traitement des données. Le chercheur a également utilisé l’analyse en composantes principales, l’analyse factorielle des correspondances et différentes techniques de régression et de corrélation.
Sur le terrain, l’enquête a porté sur un échantillon représentatif de 400 chefs de ménage de la ville de Butembo. La collecte s’est déroulée pendant le premier semestre de l’année 2022, totalisant 180 jours de travail sur le terrain.
Les personnes interrogées ont fourni des informations relatives à la taille de leurs ménages, leurs revenus, leurs dépenses, leur épargne, leur logement, leurs activités professionnelles, leur situation matrimoniale, leur consommation et plusieurs autres caractéristiques socioéconomiques et démographiques.
À ces données transversales, le chercheur a ajouté des séries chronologiques obtenues auprès de différents services publics. Il a ainsi analysé les données démographiques et socioéconomiques de Butembo couvrant la période allant de 1960 à 2023.
Il a également étudié l’évolution de la population de 1949 à 2023 et exploité des données environnementales, notamment thermiques et pluviométriques, recueillies entre 1984 et 2023 auprès de la station météorologique de l’Institut technique agricole et vétérinaire de Butembo.
Une population en forte croissance
L’un des résultats majeurs de la thèse concerne l’évolution de la population de Butembo. Les analyses effectuées montrent que cette population a suivi une tendance générale exponentielle entre 1949 et 2023.
Le modèle retenu par le chercheur estime le taux annuel d’accroissement démographique à environ 9 % sur la période étudiée. Cette évolution témoigne de l’attractivité de Butembo, mais elle met également en évidence l’ampleur des besoins auxquels les pouvoirs publics et les acteurs locaux doivent répondre.
Une population en croissance a besoin de davantage de logements, d’écoles, de formations sanitaires, de routes, de marchés, d’emplois, d’eau potable, d’électricité et de systèmes efficaces d’assainissement. Sans une planification adaptée, l’augmentation rapide de la population peut dépasser les capacités d’accueil de la ville.
La thèse relève néanmoins une légère tendance à la baisse de la taille moyenne des ménages, de la fécondité et du taux brut de natalité. Le chercheur recommande, dans cette perspective, une planification responsable des naissances, capable de concilier l’équilibre démographique avec l’éducation, la santé et le bien-être des enfants.
Vingt-trois modèles pour expliquer les interactions
L’exploitation des données longitudinales de Butembo a permis au chercheur de construire et de valider vingt-trois modèles d’évolution et d’interaction entre les phénomènes économiques et démographiques.
Ces modèles mettent en évidence l’influence réciproque des variables étudiées. La taille de la population est notamment reliée à la fécondité, à la taille moyenne des ménages, au taux de chômage, au taux d’emploi, à la croissance économique, à l’investissement, à la consommation, à l’épargne et aux revenus.
La recherche comprend également treize analyses de dépendance, dix classifications automatiques, cinq analyses en composantes principales et quatre analyses factorielles des correspondances multiples. Cet important dispositif statistique a permis de dégager les comportements des ménages en matière de consommation, d’épargne et de revenus.
D’après les résultats présentés, les changements démographiques exercent une incidence importante sur la croissance économique, la consommation, le revenu, l’épargne et le marché du travail. Réciproquement, le niveau des revenus, les possibilités d’emploi, l’accès aux services et les conditions économiques influencent les décisions et les comportements démographiques des ménages.
Consommation, revenu et épargne des ménages
La thèse établit que le revenu mensuel moyen des 400 ménages enquêtés s’élevait à 509,05 dollars américains. Sur ce montant, la consommation mensuelle moyenne représentait 423,44 dollars, contre une épargne moyenne de 85,61 dollars.
La consommation absorbait ainsi 83,18 % du revenu, tandis que l’épargne en représentait 16,82 %. Cette répartition confirme que la plus grande partie des ressources des ménages est consacrée à la satisfaction des besoins immédiats.
Les dépenses concernent principalement l’alimentation, la santé, la scolarisation, l’habillement et le logement. Viennent ensuite le transport, la communication et les loisirs.
Cette structure des dépenses confirme, selon l’auteur, la loi d’Engel, d’après laquelle la part du revenu consacrée aux besoins essentiels, particulièrement à l’alimentation, demeure élevée dans les ménages à faibles ressources. Elle rejoint également la hiérarchie des besoins de Maslow : les familles cherchent d’abord à satisfaire les besoins fondamentaux avant de consacrer leurs moyens aux besoins secondaires.
La recherche montre par ailleurs que le revenu des ménages est étroitement lié à plusieurs variables démographiques et socioéconomiques, parmi lesquelles l’âge du responsable du ménage, la taille de la famille, le nombre de pièces du logement, les dépenses de consommation, la profession, le statut matrimonial, les activités économiques et le nombre de personnes actives dans le ménage.
Une lecture locale qui nuance certaines théories classiques
L’une des originalités de la thèse réside dans la confrontation des résultats observés à Butembo avec plusieurs théories économiques classiques.
Selon l’approche attribuée à Vilfredo Pareto, l’augmentation des richesses pourrait conduire à une diminution de la natalité, les familles cherchant à préserver un niveau de vie confortable. Or, les résultats obtenus à Butembo ne confirment pas cette relation.
Les analyses font plutôt ressortir des corrélations positives entre la taille des ménages, le nombre d’enfants et le revenu mensuel total. Autrement dit, dans le contexte de Butembo étudié par le chercheur, l’amélioration des ressources ne s’accompagne pas nécessairement d’une diminution de la natalité.
Les résultats établissent également une relation positive entre la taille des ménages, le nombre d’enfants et l’épargne. Cette observation conduit le chercheur à nuancer l’opposition entre fécondité et épargne. Il estime que, dans le contexte local, la constitution d’une famille et la mobilisation d’une épargne peuvent aller de pair lorsqu’elles sont soutenues par une planification familiale responsable et une gestion rationnelle des revenus.
Cette conclusion s’écarte également des lectures strictement malthusiennes, qui considèrent souvent l’augmentation de la population comme un obstacle à la progression des revenus et à l’accumulation de l’épargne.
La recherche ne présente cependant pas la croissance démographique comme automatiquement bénéfique. Elle souligne qu’elle ne peut devenir un véritable moteur de développement que si elle est accompagnée par l’emploi, l’investissement, l’éducation, la santé, les infrastructures et le progrès technique.
Le chômage demeure un défi majeur
Si plusieurs indicateurs économiques de Butembo présentent une évolution positive, la recherche constate que cette progression reste insuffisante par rapport au rythme d’accroissement de la population.
Le taux de chômage suit une tendance croissante, tandis que la croissance économique et le taux d’investissement demeurent trop faibles pour répondre aux besoins d’une population en expansion.
Le chercheur appelle donc à soutenir davantage la création d’entreprises et les activités génératrices de revenus. Il insiste également sur la nécessité de développer la culture de l’épargne afin de financer des investissements productifs.
L’épargne, lorsqu’elle est orientée vers des projets rentables, peut favoriser la création d’emplois, stimuler la production locale et améliorer durablement les conditions de vie. Elle doit cependant être accompagnée par un environnement institutionnel, sécuritaire et infrastructurel favorable.
Une pression environnementale de plus en plus visible
La dimension environnementale constitue le troisième pilier de cette recherche. L’analyse des données recueillies entre 1984 et 2023 fait ressortir des perturbations sensibles des phénomènes environnementaux à Butembo.
Le chercheur relève notamment la variabilité de la pluviométrie et des températures, la multiplication des phénomènes d’érosion, la pollution et les difficultés liées à la gestion des déchets.
Ces changements montrent que l’extension de la ville et la croissance de la population doivent être accompagnées par une véritable politique environnementale. La construction incontrôlée, l’occupation des espaces vulnérables, la disparition progressive des espaces verts et l’insuffisance des mécanismes de collecte des déchets fragilisent le milieu urbain.
Le développement durable suppose donc de concilier les besoins économiques et sociaux avec la protection des ressources naturelles. La ville doit croître, mais cette croissance doit être planifiée de manière à préserver la qualité de vie des générations actuelles et futures.
Des recommandations adressées aux ménages, aux entreprises et à l’État
Au terme de ses analyses, le nouveau docteur formule plusieurs recommandations.
Aux chefs de ménage, il recommande d’élaborer des budgets familiaux adaptés aux revenus disponibles, de mieux organiser les dépenses, de développer des activités génératrices de revenus et de renforcer la culture de l’épargne. Il encourage également la création de jardins urbains, la plantation d’arbres fruitiers, l’association de l’agriculture et de l’élevage ainsi que le reboisement des espaces périphériques.
Aux responsables des entreprises publiques et privées, il recommande d’assurer une rémunération convenable des travailleurs, d’améliorer la gestion des structures, de diversifier les activités économiques, de soutenir l’entrepreneuriat et d’investir dans les secteurs capables de créer durablement des emplois.
À l’État, la thèse recommande d’accélérer l’aménagement urbain, notamment par la construction et l’entretien des routes, des ponts, des marchés et des espaces verts. Elle plaide aussi pour l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à Internet, à l’éducation, à la santé, au logement et à l’assainissement.
Le chercheur insiste sur l’organisation de la collecte, du traitement et du recyclage des déchets, la lutte contre les érosions, la création d’emplois rémunérateurs, la simplification des procédures administratives pour les investisseurs et la valorisation des résultats de la recherche scientifique dans la conception des politiques publiques.
Il propose également le développement d’un système de transport en commun à Butembo et entre la ville et les autres entités urbaines, ainsi qu’une meilleure application du Salaire minimum interprofessionnel garanti.
Une recherche au service de la planification locale
À travers cette thèse, le Chef de Travaux Kamate Mulume François apporte des données susceptibles d’éclairer la planification du développement de Butembo.
Son travail montre que les défis démographiques, économiques et environnementaux ne peuvent être résolus par des interventions isolées. La création d’emplois doit tenir compte de la croissance de la population ; l’urbanisation doit intégrer la protection de l’environnement ; l’amélioration des revenus doit être accompagnée d’une meilleure gestion familiale ; et la croissance économique doit se traduire par une amélioration réelle du bien-être collectif.
La mention « Grande Distinction » obtenue à l’issue de la soutenance vient couronner un travail qui associe réflexion théorique, observations de terrain, données historiques et modélisation économétrique.
En proclamant Kamate Mulume François docteur en Sciences économiques, l’Université Catholique du Graben confirme une nouvelle fois son engagement en faveur d’une recherche enracinée dans les réalités locales et orientée vers la recherche de solutions aux défis de la société.
Cette soutenance enrichit ainsi le patrimoine scientifique de l’UCG et ouvre de nouvelles perspectives de recherche sur l’avenir démographique, économique et environnemental de Butembo, du Nord-Kivu et de la République démocratique du Congo.



